28 décembre : Nice-Zurich-Le Caire
Poussé par un soif inexpliquée
d’aventure, de découvertes nouvelles, je décidais de partir au
Caire. Mon idée n’était pas très claire. Atterrir là-bas et voir
sur place, sans trop prévoir, en essayant de nouer des contacts avec
les habitants de cette métropole mythique. J’avais bien envie de
pousser jusqu’à Louxor… mais l’imprévu étant au rendez-vous, mon
périple a pris un visage inattendu, insaisissable et finalement
merveilleux.
Départ le 28 décembre par Swiss Air
Lines. C’est la deuxième fois que je pars avec cette compagnie que
j’apprécie pour sa ponctualité et pour la qualité de ses
prestations. Le billet n’était d’ailleurs pas si cher que cela.
Bref, le 28 décembre, 4h du matin je me mets en route pour
l’aéroport et comme le tournis du voyage ne m’avait pas permis de
dormir, je décidais d’y aller à pied. Une heure de marche, c’est
environ ce qu’il faut pour aller de la place Garibaldi au terminal 1. C’était plutôt agréable de gambader
sur la prom’ avant de rester sept heures dans l’avion…
L’avion s’envole pour Zurich. Court
trajet. Arrivée aux pays des coucous, du chocolat et des montres.
J’ai à peine le temps d’acheter quelques dollars, histoire de
pouvoir donner le change quand cela est nécessaire au pays de la
« livre égyptienne ».
L’avion décolle pour le Caire. Heureux
de constater que Public ennemies est à la carte des films
proposés. Le film qui parle de Dillinger, un célèbre gangster des
années 1930 va m’occuper un petit moment ! Un peu déçu par ce
film, je décide finalement de reprendre la lecture de mon guide du
Caire. A mes côtés, une égyptienne semble curieuse et fait mine
de vouloir entamer la conversation. Elle s’appelle Dina. Elle habite
Dallas où elle termine ses études d’informatique. Elle est venue
pour faire une surprise à sa maman dont c’est l’anniversaire. Afin
de respecter les us et coutumes de son pays, elle dissimule ses
cheveux sous une capuche de sweat… Une autre façon de porter le
voile. Dina est heureuse de me donner quelques conseils sur l’Égypte.
Elle répond à toutes mes questions, me conseillant quelques lieux
insolites dans la capitale égyptienne. L’avion arrive au Caire vers
14h. Après avoir acheté mon visa pour la somme de 15 dollars, je
souhaite bon séjour à Dina et tente de trouver un bus pour
rejoindre le centre ville. Peine perdue, car le bus est introuvable.
Immédiatement harcelé par tous les taxis du Caire, je finis par
accepter d’en prendre un. Marchandage sur la course… le prix
annoncé étant l’équivalent de 20 euros… alors que le prix normal
est égal à 4-5 euros.
Bref, en route pour le Caire. Je vois
défiler les abords de la route. Difficile de ne pas être dépaysé.
Mais pour l’instant ce qui me frappe c’est surtout le nuage de
pollution qui stagne sur la ville. Le taxi me dépose au pied du
musée égyptien. Car mon auberge se trouve rue Mahmoud Bassioni,
juste à côté (pas envie de dire au taxi exactement où j’allais,
car pas très chaud pour qu’il me dise que mon hôtel avait flambé
ou qu’il avait fermé, juste pour m’amener dans un autre hôtel où
il pourrait toucher une commission). En sortant du taxi je suis saisi
par la pollution, le bruit des klaxons, le trafic totalement
anarchique et l’agitation d’une ville qui compte plus de 20 millions
d’habitants. Je marche quelques pas et arrive à l’entrée de
l’immeuble où se trouve le Dahab Hostel. Immédiatement ce qui
semble être un portier (en fait juste un parasite qui attend le
touriste pour le conduire à l’hôtel de son choix afin, encore un
fois, de toucher une commission), prétend que mon hôtel est complet
et qu’il vaut mieux aller à l’hôtel Suisse situé dans le même
immeuble. Je lui dit que j’ai une réservation et poliment que je
n’ai pas besoin de lui. J’arrive au septième étage de l’immeuble où
se trouve le Dahab (http://www.dahabhostel.com/Home.html).
Il s’agit d’une vaste terrasse avec des coins et des recoins, des
petites tables, des chaises et surtout une nuée de chats. Plutôt
sympathique cet endroit. C’est Ali qui m’accueille. Un soudanais
assez chaleureux. Contre toute attente, le personnel de l’auberge a
une éthique différente de celle qui agite les rues. Certes, le
Dahab fait son beurre sur le tourisme Mais les prix sont raisonnables
et l’équipe dégote pour ses hôtes toutes sortes de « plans »
peu chers. Après avoir déposé mes bagages et découvert ma chambre
(sans draps avec une couverture datant de l’époque de Khéops. Mais
la chambre est à 4 euros et 50 cents !), je fonce au musée
égyptien. Je suis surpris de voir que je fais le tour du musée
assez rapidement. Certes, il y a des trésors bien connus, mais la
scénographie est très vieillotte
(http://www.insecula.com/musee/M0011.html).
Les pièces ne sont pas mises en valeur et l’éclairage au néon est
catastrophique. Content toutefois de voir quelques objets uniques et
surtout ce qui concerne le pharaon Akhénaton. Après cette visite un
peu décevante, je fonce à la gare Ramsès dans le but de trouver un
billet pour Louxor dans les prochains jours. C’est là que je fais
mes premiers vrais pas dans le Caire. Je croise ça et là des
garages ou s’entassent de vieilles Peugeot 504 que l’on tente de
réparer encore et encore. J’assiste à ce que l’on appelle des
« querelles » dans la rue. Engueulades sans gravité,
mais assez spectaculaires. Arrivé à la gare Ramsès, après avoir
manqué de me faire écraser cinquante fois, je cherche le bureau de
la compagnie Abela (http://www.sleepingtrains.com/).
C’est elle qui assure en effet les liaisons entre le Caire et Louxor.
Un policier m’indique l’endroit, sans me demander de bakchich
(étrange). Malheureusement, il n’y a plus de places avant la fin de
mon voyage. Me voilà donc piégé au Caire, dans une ville qui
m’agresse et qui n’a rien d’une destination de « vacances ».
Mais finalement je recherchais l’aventure. Donc je n’avais pas le
droit de me plaindre…
Retour à l’auberge. Je cherche un
ordinateur pour regarder le prix des avions pour Louxor. Certes, il y
a le wifi au Dahab, mais il n’y a pas d’ordinateur. Je demande à Ali
s’il connaît un cyber café dans le coin. C’est alors que je
remarque un jeune femme allongée sur une banquette proche de la
réception. Elle est blonde, grande, lascive, le regard intelligent
et semble-t-il assez curieux des allées et venues des clients de
l’auberge. Elle ne tarde pas à me lancer « si tu veux
utiliser mon ordinateur, il n’y a pas de problèmes ». A
son accent, je devine qu’elle vient sans doute d’un pays d’Europe de
l’Est. J’accepte sa proposition et commence à chercher un vol pour
Louxor…
Aller à Louxor en avion est cher… Je
me dis qu’il vaut mieux abandonner l’idée et demande à Ali où
est-il possible de manger quelque chose dans le quartier.
L’intrigante blonde répond dans un anglais impeccable, teinté
d’intonations slaves, « Tu n’as qu’à aller chez Felfela,
c’est une sorte de snack où tu peux trouver des plats pas chers ».
Je la remercie et lui demande si elle partagerait une bière à mon
retour. Elle acquiesce. Je fonce donc chez Felfela où je trouve une
sorte de plat composé de pâtes, de lentilles, d’oignons, de sauce
tomate et de riz pilaf. C’est bon et carrément donné (0,50 cents).
Après avoir diné, je trouve un débit de boissons alcoolisées
(chose assez rare en Egypte). J’achète une bière qui porte le nom
de « Louxor » et m’esclaffe en voyant toutes les copies
de spiritueux que le débit propose (ainsi le pastis Ricard
devient le « Ricardo de Marceuil », le whisky
Ballentine’s s’appelle le Valentine’s… Même étiquette,
mêmes dessins pour un prix approchant les 2 euros la bouteille) .
Retour au Dahab. Je retrouve la jolie blonde à la réception et nous
trinquons. Puis suit une conversation trépidante. Elle s’appelle
Katiouska, vient d’Ukraine et passe ses vacances en Egypte, car elle
en a assez des hivers rudes de son pays. Très rapidement, la
conversation devient profonde. Impossible de se lâcher. Et pourtant
Katiouska doit partir pour le Sinaï et la ville de Dahab à l’Est du
pays, non sans m’avoir proposé de l’accompagner. Totalement déphasé
par ma première approche du Caire, persuadé qu’elle partirait le
lendemain. Je lui dis que cela m’intéressait. Mais voilà, elle
part le soir même à minuit. Et tandis que nous discutons, on vient
la chercher pour partir. A peine le temps de lui donner mon numéro
de téléphone et hop ! Elle s’en va en me disant « Il
y a quelque chose de prévu dans le désert pour le 31 décembre.
Demande à la réception. J’y serai sans doute. ».
Une fois Katiouska
partie, je suis déboussolé. J’adore cette fille, je ne sais pas
pourquoi… Mais si j’avais réalisé cela, je serais parti tout de
suite pour Dahab avec elle. Je me renseigne donc sur ce fameux
désert, histoire de me rattraper. L’auberge en effet organise
toutes sortes de voyages pour un prix souvent inférieur à ceux des
autres agences. Je réserve une place pour 30-31 décembre et demande
aussi un taxi pour le lendemain afin de visiter les pyramides autour
du Caire.
29 décembre :
Dachour-Memphis-Saqqarah-Gizeh
A
sept heures du matin, le taxi vient me prendre à la réception. Nous
partons pour le site de Dachour. Il s’agit de deux pyramides dont
l’accès était longtemps interdit car ces monuments sont situés sur
un ancien terrain militaire. Dachour est un endroit intéressant
(http://www.nil-egypte.net/dahchour-pyramides.html).
Moins de monde qu’ailleurs. Je fais le tour des deux pyramides… Me
fait alpaguer par un flic qui veut absolument me montrer ceci, me
prendre en photo, m’expliquer cela. Tout cela pour un bakchich…
évidemment. Il faut s’y habituer tout marche comme cela en Egypte,
du moins quand on est un touriste occidental (en même temps, le
salaire moyen est de 40 euros par mois, donc n’importe quel étudiant
drédeu fauché est un richard là bas… [nota : le drédeu et sa
copine avec le symbole « Aum » tatoué entre les
omoplates sont en général des fils de notaires en pleine rébellion
post-adolescente]). Enfin, je rentre dans la pyramide. Le boyau qui
conduit au centre est très étroit. Une personne âgée ne pourrait
y aller. A l’intérieur, il fait très chaud et cela sent très
mauvais. Peu de choses à voir dans ce tombeau, mais cela fait
quelque chose d’être dans une pyramide !
Départ
pour Memphis. Il ne reste presque rien de l’ancienne capitale
antique. Un village coloré toutefois, où les femmes se querellent
pour acheter le pain qui vient de sortir du four communal. Le musée
de Memphis comporte peu de pièces. Toutefois, le colosse de Ramsès
et le Sphinx sont deux pièces remarquables. Le taxi me conduit
ensuite à Saqquarah (http://www.insecula.com/musee/M0135.html).
Je dois avouer que le site est somptueux et totalement
incontournable. La visite des tombes décorées de fresque est un
grand souvenir…
Vers 15h nous arrivons au plateau de Gizeh, la où sont les pyramides
les plus connues. Je loue les services d’un chameau et suis conduit
par deux jeunes égyptiens dans le désert. Il n’est pas utile de
dire que le site est merveilleux et que la ballade en chameau est une
aventure très plaisante. En revanche le Sphinx est un peu décevant.
Plus petit que dans mon imagination, cerné de grilles vilaines…
Retour à l’auberge vers 18h. Je repars pour les rues bruyantes du
Caire et décide de marcher, de marcher et de marcher. Je visite l’un
des quartiers parmi les plus pauvre du Caire : Boulaq. Je suis
fasciné et en même temps incapable de prendre mon appareil photo
pour saisir les scènes de vie qui s’offrent à moi (j’avais tout
simplement peur de faire du voyeurisme). Étroit, bourré de petits
artisans et de cafés où l’on fume la chicha, il est se dégage une
atmosphère particulière. Bien entendu, la pauvreté est frappante.
Pas d’eau courante, entassement des familles dans des immeubles,
toutes sortes de petites activités parallèles. Mais je ne ressens
aucune agressivité, à mon égard. De la curiosité plutôt…
qu’est-ce qu’un touriste fait là ? On me dit « bonjour »
et on ne cherche pas à me vendre ceci ou cela. On est juste
intéressé par l’endroit d’où je viens. Puis je traverse l’un des
ponts et me retrouve à Zamalek. A l’inverse, il s’agit d’un quartier
aisé avec des villas et des restaurants occidentaux branchés. Aucun
intérêt. Je décide de rentrer vers 2h du matin.
30 décembre :
Bahariya et le désert blanc
7 heures du matin, départ en taxi pour la gare des bus. Direction
une oasis située à 300 km au sud ouest du Caire. Nous mettons 5h
pour y parvenir, après avoir traversé un désert plutôt monotone.
Dans cette nouvelle aventure, je suis accompagné par trois chinois,
tous étudiants en informatique en Finlande. Nous arrivons à
Bahariya. L’ambiance est très différente. Il s’agit d’une vie de
village organisée autour des travaux des champs. C’est assez calme
et très accueillant. Nous sommes embarqués à bord d’un 4X4 pour
aller dans le désert blanc, endroit très réputé. En plus des
chinois, il y a Linda et Lorenzo dans la voiture. Ces deux italiens
vivant à Francfort sont très sympathiques. Nous parlons en
français, en Italien et en anglais.
Nous arrivons pour le coucher du soleil dans le désert blanc. Sans
doute l’une des plus belles choses qu’il soit donné de voir. Des
rochers de calcaire qui se dressent dans le désert et qui épousent
des formes surnaturelles : champignons, visages, animaux… tout cela
est magique.
Nous montons un campement avec le bédouin qui nous accompagne et
faisons la cuisine avec lui. Linda prépare un sauce digne de son
Italie natale, pendant que les chinois jouent à la PS3 et que le
bédouin s’amuse amicalement de nous…
Lorenzo a décidé pour sa part de faire la balance des blancs avec
son Nikkon…. ce qui indigne Linda qui vante le romantisme de cette
nuit dans le désert. Éternelle incompréhension entre hommes et
femmes… Le repas est délicieux et les conversations vont bon
train. Puis alors que les chinois digèrent en regardant un manga sur
leur PS3, je pars dans le désert en pleine nuit faire un « petit
tour ». Je croise des renards qui viennent ronger les os de
poulets laissés par les visiteurs occasionnels. Pas si « désert »,
ce désert finalement. D’ailleurs, dix minutes plus tard je croise un
groupe de suédois partis eux aussi explorer les alentours. Au loin,
il semble y avoir un campement car on entend des chants et le bruits
de tambours.
Vers minuit nous nous endormons à la belle étoile. Il fait bien
entendu froid, mais je dors bien.
31 décembre :
Désert Noir-Montagne de Cristal-Bahariya
Le petit matin est fantastique. La lumière me donne la possibilité
de faire enfin de belles photos.
Après un petit déjeuner copieux préparé par notre hôte bédouin,
nous partons pour le désert noir, pour la montagne de cristal et
enfin pour Bahariya. Moins impressionnant que le désert blanc, le
noir est toutefois un endroit qui mérite le détour.
A
Bahariya nous visitons plusieurs sites naturels : Montagne des
anglais, lac de sel, montagne-pyramide et les sources chaudes. Puis
nous allons chez « Ahmed Safari », un hôtel en marge du
centre ville absolument magnifique (http://www.ahmedsafaricamp.com/).
C’est ici que le fameux réveillon « dans le désert »
devait se passer. Mais à 19h, il n’y a personne dans l’hôtel.
Seulement moi et les trois chinois (Linda et Lorenzo sont repartis
pour le Caire faire la fête sur un bateau). 19h30, on nous sert un
repas médiocre. On en rit : « bonne année » ! Puis la
moutarde nous monte au nez quand vers 21h, il ne se passe toujours
rien. Nous allons voir le patron qui nous dit « pas
de problème »,
il va y avoir des musiciens bédouins qui vont arriver et d’autres
gens de l’hôtel.
C’était vrai. Vers 22h, un grand feu est allumé. Des musiciens
armés de flûtes, de tambours et d’autres instruments commencent à
jouer. Les clients de l’hôtel sortent. Je fais la rencontre de deux
américaines sympathiques et d’une famille allemande habituée de
l’endroit depuis 20 ans. L’ambiance est très familiale. On danse, on
mange des gâteaux et on boit du thé. Pas une goute d’alcool en
revanche ! Et surtout aucune trace de Katiouska…
« Je
ne la reverrai jamais »
pensais-je.
1h
du matin, le téléphone sonne. Non ce n’est pas ma mère, ni mon
frère, ni mes amis niçois (qui sont en train de s’empiffrer de bons
petits plats et de vins délicieux). C’est katiouska ! Elle est au
Caire, au Dahab… et me reproche d’être parti dans le désert. « Je
pensais t’y retrouver » dis-je
!
Rien n’est grave. Je lui dis que je rentre le lendemain et lui donne
rendez-vous à 17h au Dahab.
Après le concert des bédouins tout le monde va se coucher content
de cette soirée originale.
1er janvier : Le
Caire, promenade nocturne au plateau de Gizeh
Toujours en compagnie des chinois, je reprends le bus pour le Caire.
Dans le véhicule, les émissions religieuses nous empêchent de
dormir tellement le volume sonore est fort. Je fais la connaissance
de deux allemands qui vivent au Caire depuis plusieurs années. Ils
m’apprennent des rudiments d’arabe et surtout comment reconnaître
les chiffres en Egypte (qui sont différents de nos chiffres
arabes…). Nous arrivons au Caire et je fonce à l’auberge. Il est
17h… je suis assis à la terrasse du Dahab et pas de Katiouska…
J’attends 17h30 et je m’apprête à bouger, quand elle fait surface.
Elle semble un peu fatiguée. Et pour cause, elle a dormi jusqu’à
cette heure après une soirée agitée du 31 décembre. Nous
discutons tout de suite autour d’une bière achetée toujours au même
débit. Nous nous racontons nos découvertes… Elle a marché,
beaucoup marché dans le Sinaï. Elle a mal au pieds, mais a des
images pleins les yeux. Je reste envouté par cette jeune femme qui
semble sûre d’elle, qui dissimule à peine un tempérament de feu.
Nous parlons, parlons. Elle travaille pour un journal ukrainien, mais
reste assez secrète sur le genre d’événements qu’elle couvre.
Toujours est-il qu’elle s’intéresse à l’art, qu’elle voyage de part
le monde et qu’elle aimerait bien notamment découvrir la Bolivie.
- « La Bolivie ? Pourquoi la Bolivie ? » dis-je
- « J’aimerai bien faire une enquête sur les trafiquants de
drogue » répondit-elle
- « Quelle drôle de fille ! » Pensais-je. « Il
y a d’autres choses à voir en Bolivie. Il paraît que la région de
Santa Cruz est fabuleuse. Au fait, tu parles Espagnol ? »
- « J’essaye d’apprendre ».
- « Muy
bien, podemos hablar en español
». C’est tout ce qui me vint à l’instant.
- « Da
señor
! », répondit-elle en riant.
Et la situation devenait amusante. Un français et une ukrainienne en
train de parler espagnol au Caire.
- « Je dois malheureusement repartir demain »
continua-t-elle
- « Non… ce n’est pas possible. J’allais te proposer de visiter le
Caire islamique avec moi »
- « Je pars à minuit. Mais je peux essayer de changer mon
billet. Et puis cela nous laisse le temps de nous promener, de voir
les mosquées et le cimetière mamelouk !»
- « Muy bien ».
A
ce moment là, Mahmoud un autre employé du Dahab s’approche de nous
et nous demande si nous sommes intéressés par une promenade à
cheval sur le plateau de Gizeh, de nuit à la lueur de la lune.
« Combien
? »
demande Katiouska « L’équivalent
de 4 euros » répond
Mahmoud. « Allons-y »
dis-je.
Une heure plus tard, nous étions sur le dos de braves canassons, les
pyramides devant nous et le désert autour. Du haut d’un campement
éclairé par des torches, nous dégustons un petit thé en bonne
compagnie. Des amies de Katiouska avaient aussi décidé de nous
accompagner. Un jeune égyptien m’initie à « comment mettre le
turban sur la tête ». Le retour du désert est épique… je
suis tombé sur « Crazy horse, un cheval très nerveux »…
Je gère difficilement. Mais bon !
Minuit. Retour au Dahab. Nous sommes épuisés et allons nous
coucher. Je donne rendez-vous à Katiouska à 7 h du matin le
lendemain.
2 janvier : Le
Caire islamique, le bazar… à l’arrière des taxis
7h du matin. Pas très frais. Le taxi vient nous chercher et nous
conduit d’abord à l’agence de Ukraine Airlines. Pas moyen de changer
les billets… Katiouska, telle cendrillon s’en ira à minuit ! Nous
décidons de partir aussi sec pour la citadelle. Splendides
mosquées. Nous sommes euphoriques devant tant de merveilles. Puis le
vieux Caire et les églises coptes. A l’arrière du taxi, Katiouska
et moi continuons nos conversations. Sa tête se pause contre mon
épaule, puis ma main prend la sienne…. Le taxi devient hystérique.
Cela ne se fait pas ! Katiouska le prie de bien vouloir nous faire
voir le cimetière des mamelouks. Le taxi s’énerve, le ton monte car
la belle ukrainienne a le sang chaud ! Nous voyons le cimetière de
loin… car le taxi ne veut pas s’y arrêter. C’est sans doute
compréhensible. Dans ce cimetière vit une population très pauvre
qui a pris possession des tombes pour en faire des habitations. Le
taxi finit par nous laisser au bazar Khân al khalil. Katiouska est
surexcitée… elle veut acheter des écharpes et surtout meurt
d’envie de marchander !
Nous passons une heure à marchander des tapis. J’apprends les règles
et négocie à ma grande fierté une lampe à huile ancienne.
Katiouska est redoutable. Elle nous fait passer pour des boliviens
auprès des marchands, fait croire que nous sommes mari et femme et
que nous devons acheter des choses pour les enfants. La ruse marche,
les prix baissent…
De retour à l’hôtel, nous préparons le départ de Katiouska. Ses
amis sont là et le personnel de l’auberge aussi. Tous se sont
attachés à cette drôle d’ukrainienne à la forte personnalité.
Je demande à Katiouska si elle peut me prêter sa couverture…
occasion pour nous de nous retrouver seuls sur le perron de ma
chambre. Nous nous embrassons… en cachette. Puis, le temps presse.
Il faut faire la valise et sauter dans la voiture d’un ami égyptien
pour l’aéroport. Nous nous disons au revoir dans la rue, sans
pouvoir nous embrasser… car cela choque. Elle me prend dans ses
bras et nous nous promettons de nous revoir. Après tout l’Ukraine ce
n’est pas si loin de Nice !
Je rentre un peu désœuvré au Dahab après avoir zoné dans un
cyber café. Je commande un taxi pour Alexandrie le lendemain et vais
dormir.
3 janvier : Fire
in Cairo et voyage à Alexandrie
Lorsque je me réveille, un des employés du Dahab avec lequel
j’avais sympathisé m’annonce qu’il y a eu un feu dans l’immeuble
pendant la nuit… et que les flammes sont montées jusque sur la
terrasse de l’auberge. Il a arrêté le feu lui-même. Il est exténué
et me demande s’il peut m’accompagner à Alexandrie, histoire de
souffler un peu. J’accepte.
Nous arrivons à Alexandrie vers 12h après avoir beaucoup parlé.
C’est certainement le seul égyptien avec lequel j’ai eu une
conversation profonde. Il s’arrange avec le chauffeur du taxi pour
que nous allions dans des endroits qu’il connaît lui et qu’il visite
régulièrement avec sa femme. Les prix sont très bas… Il m’évite
les pièges habituels. Je visite la colonne de Pompée, les
catacombes, la citadelle et enfin la bibliothèque moderne. J’ai
beaucoup aimé Alexandrie, ville qui a de nombreux points communs
avec Marseille. L’ambiance de la Méditerranée… la maison quoi !
Nous rentrons au Caire. Je passe ma soirée à déambuler dans les
rues pour faire des photos. Je tombe sur un fleuriste qui affiche sur
sa devanture « Enfant de Nice ». Je décide de rentrer et
d’en savoir plus. Un vieil homme qui ne comprend pas un mot d’anglais
ou de français m’accueille. Je lui fais comprendre que je viens de
Nice. Il m’offre aussitôt une rose et insiste sur le fait qu’il
s’agit d’un cadeau. Je le remercie vivement. « Ah si je
pouvais l’offrir à Katiouska cette rose ! »
Puis je rentre au Dahab où je fais la connaissance d’un groupe de
français…semi-drédeux, mais adorables. On boit de la bière et on
évoque la Touraine ! Une des filles du groupe est comédienne… et
elle connaît bien un acteur lyonnais que je connais aussi. Le monde
est toujours très petit.
Il est temps de dormir…
4 janvier :
Retour dans le vieux Caire et départ pour Nice
Tôt le matin, je repars pour le vieux Caire. J’y vais à pied,
appareil photo à la main. Je saisis tout ce que j’ai appris à aimer
dans cette ville. Cette vie qui grouille dans un univers difficile,
cet art de recycler tout et n’importe quoi. Je déjeune avec un vieux
cairote qui dans un parfait langage des mains me fait découvrir des
plats typiques. Il est curieux aussi de comprendre ce que je fais là,
à pied, dans des quartiers peu visités (entre le vieux Caire et le
Dahab).
Je rentre au Dahab où un taxi m’attend pour me conduire à
l’aéroport. Fin de l’aventure égyptienne. Il faut retourner dans
l’hiver européen.
Quitter un pays où il fait 23 degrés et où j’ai rencontré tant de
monde, tant de chaleur humaine.
Mais je pense à Katiouska ! Comme il doit faire froid à Kiev !